La monnaie tant sollicitée de la CEDAO devait normalement être implémentée depuis 2009. Mais jusqu’à l’heure actuelle, de nombreux reports ont freiné son apparition ou sa mise en circulation. D’abord, il était initialement prévu qu’en décembre 2009, son introduction soit possible, mais cela n’a pas été fait. Le Même scenario s’est reproduit en 2015 : l’année s’est achevée sans que les billets de banques d’origine africaine ne voient le jour.

Dans un élan optimiste, ces États ont attendus l’année 2018 pour fixer une nouvelle date d’entrée en vigueur : Le 01er juillet 2020 (car de multiples travaux et réflexions n’étant pas encore terminés). Aujourd’hui 09 septembre 2020, nous apprenons qu’elle est définitivement reportée à une date ultérieure. Quels qu’en soient les motifs des reports, cette monnaie tant attendue est critiquée malgré ses nombreux avantages.

Avantages, inconvénients et difficultés de mise en circulation.

Pendant que le second trimestre de l’année 2020 s’annonçait, des difficultés sur le lancement de cette monnaie se sont fait ressentir. Présentons tout d’abord ses avantages.

Parler des avantages à utiliser une monnaie unique constitue le point fort des initiateurs du projet. En fait, cette monnaie permettra globalement de :

Consolider la quête de la souveraineté africaine vis-à-vis des peuples des autres continents. En quelques mots, l’unification de l’Afrique pour la construction d’un destin commun. Centraliser des échanges et autonomiser les banques avec des critères fonctionnels uniformes. Favoriser la libre circulation des biens, services et surtout garantir et faciliter les échanges dans la zone concernée.

Concernant les inconvénients ou les difficultés liées à la mise en œuvre de cette monnaie, des experts se prononcent. Certains pensent que ce projet est difficilement envisageable. Et même s’il parvient à se réaliser, ses effets risqueront de bouleverser les économies, les échanges. Selon le professeur Skandar Ounaies, enseignant des sciences économiques, la diversité de cultures et peuples peut constituer un obstacle d’unification monétaire.

Il ajoute également que :

« La notion d’indépendance monétaire entre en jeu dans cette volonté de créer une monnaie unique. Et c’est ce qui rend les chefs d’États frileux quant à cette politique monétaire. Le fait de mettre en commun les réserves peut représenter un obstacle. Les dettes extérieures des pays ne sont pas non plus au même niveau. Enfin, les flux de capitaux sont différents selon les pays et ne concernent pas forcément les mêmes secteurs».

A côté des difficultés présentées par cet enseignant, comment pourrait-on analyser la réticence ou le refus de certains chefs d’états Africains ? Tant que certaines modalités relatives aux accords sur l’ECO ne se règlent pas certains chefs d’État ne pourront pas facilement se manifester favorablement. Surtout concernant les innovations apportées par le faux jumeau de cette monnaie.

Oui, vous l’avez bien compris, il existe désormais en réalité « deux ECO ». Le premier Eco est celui de la CEDEAO, (c’est de lui que nous parlons depuis le début de cet article.) Cependant, il existe également une deuxième monnaie qui porte aussi le nom de Eco, mais qui a été créé par Emmanuel Macron (la France) en complicité avec le président Ouattara, et présentée comme future remplaçante du FCFA dans la zone UEMOA.

L’ÉCO-CFA DE OUATTARA ET L’ÉCO ORIGINEL DE LA CEDEAO EN GUERRE

Tout savoir sur l'eco, monnaie cedeao

L’ECO initial de la Cedao est bien différent à l’endroit du Franc CFA. S’agissant des différences, que ce soit l’appellation, la base ou le siège du dépôt des réserves, désormais, les africains seront gestionnaires. Et son taux est flexible.

S’agissant du nouvel ECO (celui qui est à l’origine des multiples incompréhensions), il entretient encore quelques liens avec le franc CFA. Certaines choses n’ont pas vraiment changé. Parmi celles-ci, on constate une immixtion flagrante de la France, ce qui est à l’origine de toutes les discordes (qui sera expliqué un peu plus bas).

 Par ailleurs le taux de parité est resté fixe par rapport à l’euro. Il n’a pas changé. Et enfin, s’agissant des garanties, la France (plus précisément l’euro) pourrait venir en tant que sauveur pour secourir l’ECO dans ses moments difficiles.

Imaginez alors l’enjeu ou la face cachée d’une telle ambition. Les vices cachés, controverses et climats politiques autour de cette monnaie.

Le principal vice est né à Abidjan le 21 décembre 2019 : il s’agissait de l’apparition d’un nouvel ECO ! Son taux de parité n’est plus flexible tel que prévu dans l’accord initial; il devient fixe par rapport à l’euro. Aussi, l’intervention de la France (pour ne pas dire l’euro) en qualité de caution ou assurance à l’ « ECO » est une autre innovation.

Plus précisément, ce jour-là, le président ivoirien Alassane Ouattara, en complicité avec son homologue français annonçait a fin du franc CFA, qui devait décliner son appellation en « ECO ». Faisaient-ils allusion à l’ECO initial ? Certainement pas. Ils présentaient un ECO calqué sur des modèles français avec un contenu différent de celui dont se prévalaient les Etats anglophones de la CEDEAO.

Président Emmanuel Macron et le Président Alassane Ouattara / AFP / SIA KAMBOU

En clair, apparu une trahison, soutenue et défendue contrairement aux intérêts communs mais plutôt dans celui des États francophones. Ce qui vexa à titre principal le président Nigérian Muhammadou Buhari. Cette tendance a directement freiné et déstabilisé les intentions. Du coup, les pays anglophones de la CEDEAO se sont sentis un peu trahis.

Par exemple, le Ghana avait  émis le 30 décembre 2019 une réserve :

« tant que le taux de parité restera fixe, il ne manifestera pas son accord. » Le 10 février 2020, le Nigeria en plus de son alignement aux côtés du Ghana, a aussi subordonné son acceptation à une autre condition essentielle : « tous les pays signataires devront remplir les conditions liées au critère de convergence. »

Une chose est sûre, tant que certaines modalités relatives aux accords sur l’ECO ne se règlent pas, certains chefs d’État ne pourront pas facilement se manifester favorablement à l’introduction de cette monnaie.

Le critère de convergence,le principal motif de divergence.

En effet, le critère de convergence permet d’équilibrer les intérêts. En ce sens, certains chefs d’État soucieux des intérêts de leurs pays veulent d’abord que ces critères soit bien acceptables.

 Toutefois, les accords prévoient une possibilité pour les États ayant rempli ces conditions de lancer le processus d’introduction de l’ECO. La présence de la France en tant que garante ou secouriste est un élément très mal apprécié par la majorité des chefs d’États de la zone anglophone, c’est-à-dire ceux de la ZMOA.

Le taux de parité fixe pose aussi problème

Dans les travaux préparatoires, les États s’étaient accordés sur le fait que l’ECO soit caractérisé par un taux de parité flexible. De façon officielle, tout ne peut pas encore être dit sur l’ECO. Si Cette monnaie participe à la préservation de certains intérêts masqués…Ou pas.

L’immixtion française en tant que garante des pays africains de l’UEMOA pourrait constituer des risques de déstabilisation des autres nations africaines. Cette éventuelle intervention française est à questionner profondément. Le fait que le taux de parité de l’ECO soit fixe est aussi considéré comme un risque. En tout état de cause, seuls les avis d’experts permettent de mieux renseigner sur la question.

A suivre dans le prochain épisode…

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