Il y a encore quelques jours, le match très serré se jouait entre la Nigériane Ngozi Okonjo Iweala et la Sud-Coréenne Yoo Myung-hee, pour savoir qui pourra être désignée à la tête de l’organisation Mondiale du Commerce en tant que nouveau Directeur Général pour succéder à Roberto Azevêdo ancien D.G ayant démissionné le 31 Août dernier pour des raisons dit-on “familiales”.

Une victoire bien méritée

Aujourd’hui, les doutes semblent de plus en plus s’estampiller surtout après que la candidate en course Yoo Myung-hee ait annoncé son retrait de la compétition le vendredi 05 Février 2021.

La Nigériane Ngozi Okonjo a donc ainsi le champ libre pour se voir déjà en tant que Directrice Générale de cette institution basée à Genève. D’autant plus que la nouvelle administration de Joe Biden et de Kamala Harris lui a donné sa bénédiction sous forme de “soutien appuyé” tandis que celle de Trump s’y était opposée jusqu’à présent.

Au vu de ce qui se présente, tout semble se confirmer pour que Ngozi Okonjo Iweala devienne la nouvelle Directrice Générale de l’OMC. Une victoire qui pourrait faire d’elle la 1ère femme et la première africaine à accéder à ce poste longtemps occupé par d’autres hommes des Nations occidentales. Le processus de sélection d’un nouveau candidat s’appuyant sur un consensus et non un vote majoritaire, l’ancienne Ministre nigériane des finances n’attend qu’une simple formalité pour savourer sa victoire comme il se doit.

Qui est Ngozi Okonjo Iweala ?

Ngozi Okonjo Iweala née le 13 juin 1954 à Ogwashi-Ukwu, au Nigéria, est le résultat d’un amour passionnel entre Chukwuka Okonjo, professeur d’économie et de Kamene Okonjo, professeure de sociologie. Ses deux parents étant tous les deux des chefs traditionnels. Elle a obtenu ses diplômes supérieurs dans deux des plus grandes universités plus reconnues mondialement notamment Harvard et Massachusetts Institute of Technology

De la Banque Mondiale passant par Ministre des affaires étrangères et Ministre des Finances

C’est en 1982 que Ngozi Okonjo entre à la Banque Mondiale pour ensuite devenir la secrétaire du Conseil d’administration de cet organisme et ce, à la demande de James Wolfensohn. En 2003, elle est rappelée par le président nigérian Olusegun Obasanjo pour devenir Ministre des Finances. Elle marque ainsi son entrée en étant considérée comme la première femme à accéder à ce poste dans son pays.

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En 2006, elle occupera le poste de Ministre des affaires étrangères. Mais après seulement deux mois, elle choisit de quitter son poste et se défaire du gouvernement. Fort est de noter que même à ce poste, elle était toujours là première femme de son pays à y accéder.

En 2007, elle retourne à la case départ. Étant sollicitée par le président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick, cette dernière deviendra la nouvelle Directrice Générale. En 2012, elle se propose comme candidate à la présidence de cette organisation mais elle sera battue par l’américain Jim Yong Kim.

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Par ailleurs, elle sera de nouveau ministre des Finances, de 2011 – 2015.

En septembre 2015 après avoir quitté le Gouvernement, elle devient présidente du conseil d’administration de Gavi Alliance.  Elle assurera aussi d’autres postes tels que:

  • Coprésidente de la Global Commission for the Economy and Climate, aux côtés de Nicholas Stern et Paul Polman,
  • Présidente du conseil d’administration de l’Institution Nelson Mandela,
  • Présidente du conseil d’administration de l’université africaine des sciences et de la technologie d’Abuja
  • Administrateur de la Fondation Carnegie pour la Paix Internationale,

C’est en 2020, qu’elle se propose candidate à la direction de l’OMC.

Pendant qu’elle assurait des postes hauts placés, la jeune dame s’est toujours pliée en quatre pour lutter contre la corruption. Elle avait même publié les recettes de l’industrie pétrolière ainsi que les sommes versées aux collectivités locales, pour que « l’argent du pétrole aille dans les écoles et les hôpitaux plutôt que dans les poches de quelques-uns ».

Les nombreuses procédures lancées vis-à-vis des Ministres, juges, gouverneurs…, lui ont conféré le surnom de « Okonjo-Wahala » qui signifie en français « l’emmerdeuse ».

Prix et distinctions

  • En 2019, elle a été classée parmi les « 8 femmes combattantes anticorruption de Transparency International qui inspirent »,
  • L’une des 50 plus grandes dirigeantes mondiales (Fortune, 2015),
  • Elle a figurée dans le Top 100 des personnes les plus influentes du monde (TIME, 2014),
  • On la retrouve également dans le Top 100 Global Thinkers (Foreign Policy, 2011 et 2012),
  • Dans le Top 100 des femmes les plus puissantes dans le monde (Forbes, 2011, 2012, 2013 et 2014),
  • Classée parmi Les 3 femmes les plus puissantes d’Afrique (Forbes, 2012),
  • Dans le Top 10 des femmes les plus influentes d’Afrique(Forbes, 2011),
  • Le Top 100 des femmes dans le monde (The UK Guardian, 2011),
  • Le Top 150 Women in the World (Newsweek, 2011),
  • Le Top 100 des personnes les plus inspirantes dans le monde – Delivering for Girls and Women (Women Deliver, 2011).
  • Dans le classement des 73 influenceurs d’affaires « brillants » dans le monde établi par Condé Nast International.
  • En 2019, Ngozi Okonjo-Iweala est élue à l’Académie américaine des arts et des sciences.
  • 2017, elle reçoit le Prix Madeleine K. Albright pour le développement mondial de l’Aspen Institute, le Women’s Economic Empowerment Award de WEConnect International et le Vanguard Award de l’université Howard.
  • En 2016, elle reçoit le prix Power with Purpose du Devex Development Communications Network et le Global Fairness Award de l’Initiative mondiale pour l’équité en reconnaissance de sa contribution au développement durable.
  • Elle reçoit de hautes distinctions en Côte d’Ivoire, au Libéria et le troisième plus haut commandant et même en République fédérale (CFR) du Nigeria.
  • Elle reçoit le David Rockefeller Bridging Leadership Award (2014),
  • De la President of the Italian Republic Gold Medal by the Pia Manzu Centre (2011),
  • Du Global Leadership Award du Chicago Council on Global Affairs (2011),
  • Du Global Leadership Award de la Columbia University School of International and Public Affairs (2010)
  • Du Bishop John T. Walker Distinguished Humanitarian Service Award (2010).
  • Le Prix européen des héros du magazine TIME en 2004,
  • Nommée ministre des Finances de l’année (Africa Investor Magazine, 2014),
  • Ministre des Finances de l’année pour l’Afrique et le Moyen-Orient (Le Banquier, 2004),
  • Ministre des Finances mondiaux de l’année (EUROMONEY, 2005),
  • Ministre des Finances de l’année pour l’Afrique et le Moyen-Orient (Emerging Markets Magazine, 2005)
  • Ministre de l’année (THISDAY, 2004 et 2005).

Ouvrages

  • Fighting Corruption is Dangerous: The Story Behind the Headlines (MIT Press, 2018),
  • Reforming the UnReformable: Lessons from Nigeria, (MIT Press, 2012),
  • Mobilizing Finance for Education in the Commonwealth (Commonwealth Education Report 2019), Shine a Light on the Gaps – un essai sur l’inclusion financière des petits exploitants agricoles africains (Affaires étrangères, 2015),
  • Financement des ODD : Flux financiers licites et illicites des pays en développement (Horizons Magazine, 2016)
  • The Debt Trap in Nigeria: Towards a Sustainable Debt Strategy (Africa World Press, 2003).

Cette dame mariée au docteur Ikemba Iweala, neurochirurgien avec qui ils ont eu quatre enfants et trois petits-enfants, semble avoir le potentiel qu’il faut pour mener à bien cette tâche à la tête de l’OMC d’autant plus qu’elle a toujours su briller partout où elle était de passage.

L’Afrique comme gendarme des échanges mondiaux c’est flatteur, mais pour quoi faire concrètement ?

Il n’a échappé à personne qu’en l’espace de 40 ans seulement c’est à dire depuis pratiquement 1970, la part du continent africain est passée de 4,8% à 2,5% dans le commerce mondial. L’Afrique est donc restée en toute vraisemblance, en marge de la « libéralisation des échanges dans l’intérêt de tous » promise par l’organisation mondiale du commerce.

Pire encore, « l’OMC n’a pas facilité l’entrée de l’Afrique dans le commerce mondial alors qu’il devenait le moteur de l’économie »renchérit l’économiste bissau-guinéen CARLOS LOPES. Un déséquilibre criard que n’a pas pu combler le cycle de négociations de DOHA dit du « développement » engagé au début des années 2000. Il n’est donc pas exclu de voir une Afrique riche de ses 1,2 milliards d’habitants et de ses 54 états être rétablie en quelque sorte dans ses droits, avec une africaine aux commandes de l’OMC.

L’heure est peut-être venue de remettre au goût du jour les sujets sur les pratiques déloyales barrant l’accès aux pays pauvres aux marchés mondiaux ou encore de connaitre l’épilogue des discussions sur les subventions à l’exportation des produits agricoles. Que dire de l’élimination des aides à la pêche lancée en 2001 ? Bref comme le soulève à juste titre JUNIOR DAVIS, directeur du département Afrique de la conférence des nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED):

 « l’ensemble des dispositifs de dumping  directs ou indirects pratiqués par les grandes économies dans le domaine agricole entravent l’accès des produits africains au marché mondial, en même temps qu’ils rendent difficile l’émergence deS marchés domestiques dans ces pays. L’OMC n’a pas remédié à cela et c’est le grand défi qui est devant elle ».

Inutile de préciser alors que le mandat de Ngonzi Okonjo Iweala à la tête de l’OMC sera scruté à la loupe. Quoiqu’il en soit c’est l’Afrique toute entière qui gagne, car l’occasion lui ai donné, au travers de cette dame dynamique, de montrer ce dont elle est capable.

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