Le prix Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français, pourrait créer la sensation cette année. La romancière Camerounaise Djaili Amadou Amal, qui a réussi à se hisser en finale, pourrait remporter cette récompense avec son roman Les Impatientes. Ce serait une première pour un écrivain d’Afrique Subsaharienne.

Après la pluie, le beau temps

L’histoire de Djaili Amadou est ce qu’on appelle une histoire atypique. Née en 1975 dans la région du septentrion Camerounais (Extrême-Nord) d’une mère Égyptienne et d’un père Camerounais, elle a dû mener plusieurs combats pour sortir des considérations sociales qui la prédestinaient à une vie de femme au foyer. Mariée très tôt à l’âge de 17 ans à un quinquagénaire, c’est avec beaucoup de peine qu’elle réussit à divorcer.

Son mariage suivant n’a guère été une réussite, elle qui était victime de violences conjugales. Mais, combattante qu’elle est, elle ne baisse pas les bras, et réussira grâce à son ardeur à obtenir un BTS en gestion, même si elle avoue avoir voulu faire des études littéraires.

Ses débuts dans la littérature

La littérature justement, c’est son exutoire. L’écrivaine lit d’abord principalement pour s’évader, avant de mettre sur papier tout ce qu’elle ressent.

« Dans tout ce que je fais, j’essaie surtout de parler des discriminations faites aux femmes ; c’est mon cheval de bataille ».

La « voix des sans voix » comme on la surnomme au Cameroun se lance ainsi dans l’écriture. Son premier roman paru en 2010, Walaande, l’art de partager un mari, lui vaudra une reconnaissance immédiate. Ce roman, c’est un peu l’histoire de sa vie.

« Quand tu entres dans une faille polygamique, tu dois être aveugle et sourde. Que tes yeux ne voient rien, tes oreilles n’entendent rien, ta bouche ne dise rien ».

Elle remportera le prix de la fondation Prince de Claus à Amsterdam, ce qui vaudra à l’ouvrage d’être traduit en langue arabe et distribué au Moyen-Orient et dans les pays du Maghreb. Des lors, les romans s’enchainent, avec toujours plus de reconnaissance : Mistirijo, la mangeuse d’âmes paru en 2013 ; Munyal, les larmes de la patience paru en septembre 2017. Au fil des années, ses romans lui donneront une reconnaissance nationale et internationale, et elle recevra même la haute distinction de chevalier de l’ordre de la valeur au Cameroun.

Une possible récompense « inespérée »

« Ramener le Goncourt au Cameroun serait quelque chose d’incroyable, presque inespéré ». Son roman les Impatientes, publié aux Editions Emmanuel Collas, donne la parole à trois femmes peules à qui on veut faire accepter un destin sombre (violences, mariage forcée et polygamie).

« Le mariage précoce et forcé comme l’une des premières violences, le viol conjugal qu’on ne veut pas reconnaitre comme tel, les violences physiques et enfin la polygamie comme violence morale » sont autant de thématiques qui justifient son combat. La romancière de 45 ans, qui fait partir des quatre finalistes du Goncourt, se met donc à rêver de cette prestigieuse récompense.

Ce prix sera donc la consécration de toute une vie, pour celle qui n’a cessé de militer en faveur du respect de la femme dans la zone sahélienne du Cameroun. Et ce serait également un moyen de mettre le génie Camerounais en avant, les Camerounais, s’imposant de plus en plus dans tous les domaines en Afrique et à l’international.

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