Ayant longtemps occupé le débat sur l’espace public, les accords de partenariats économiques entre l’Union Européenne et le Cameroun sont un évènement géopolitique qui fait tache d’huile. L’objectif de cet article est de démontrer point par point que, quatre années après sa mise en application, ce partenariat demeure nuisible pour l’État du Cameroun. Pour ce faire, il s’agira dans un premier temps de passer en revue le contexte d’apparition de ces accords afin de mieux cerner les contours pervers de cette relation commerciale à sens unique.

Les années 2000 et la naissance de la zone ACP

L’entrée dans le 21ème siècle que constitue l’année 2000, projetait la nécessité pour l’Europe de redéfinir ses objectifs géostratégiques et ses rapports avec les pays d’Afrique et des Caraïbes. De cette volonté, naîtra les fameux Accords de Partenariats économiques avec les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique.) Et donc, avec le Cameroun qui est l’élément central de la présente réflexion.

En dépit des dénonciations de plusieurs économistes de haut vol sur les dangers d’un tel accord pour le Cameroun dont la production industrielle est encore très faible, le gouvernement camerounais a signé, de manière isolée le 28 juillet 2014 les Accords de Partenariat Économique qui ont pris effet le 4 Août 2016. Ces accords jusqu’à ce jour, prévoient une suppression de 80% des droits de douanes pour les produits européens sur une période de 15 ans.

Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Dans son article intitulé : L’économie camerounaise face aux Accords de Partenariats Économiques ACP/UE, l’économiste camerounaise  Claude Aline Zobo propose la définition ci-après :

«Les Accords de Partenariat Économique (APE) sont des accords commerciaux visant à développer le libre-échange entre l’Union Européenne (UE) et les pays dits ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Plus spécifiquement, ils visent la création d’une zone de libre-échange entre l’Afrique et l’UE avec l’ouverture des marchés, le transfert technologique, les coopérations et partenariats internationaux et les nouveaux débouchés». Sur la base de cette définition, voici les aspects pervers de ces accords, suffisamment défavorables pour le Cameroun.

Rappel important

En 2018, le Cameroun était classé 121e sur 140 pays selon le forum économique mondial. Cela traduit la capacité limitée des entreprises Camerounaises à créer de la richesse et des emplois. Lorsqu’on sait que l’économie camerounaise se caractérise par ses importations astronomiques, et que récemment selon le ministère du commerce, les importations de riz au Cameroun en 2019 étaient largement au-dessus de la demande nationale, c’est avec étonnement que nous nous questionnons aujourd’hui encore, sur la pertinence de ces accords qui se caractérisent par la suppression de 80%  des droits de douanes des produits européens au Cameroun pendant quinze années et qui ne sont pas sans conséquences. Pourtant, selon le professeur Pougala : « l’expérience des USA, de la Corée du Sud, de la Chine et de la Suisse montre que pour se développer et s’industrialiser il faut parfois s’enfermer. » 

Conséquences des APE sur l’économie au bout de quatre années

déchargement des produits importés au port de douala APE
déchargement des produits importés au port de Douala

Le Cameroun est aujourd’hui le seul pays d’Afrique Centrale à avoir signé et mis en application ces accords et comme l’on pouvait s’y attendre, le démantèlement tarifaire des produits européens au Cameroun n’est pas sans conséquence. À ce titre, la dépense fiscale qui était de 0,3 milliard de FCFA en 2016, année du début du démantèlement de barrières douanières par le Cameroun n’a cessé de croitre. En 2017, elle est passée à 1,8 milliard, puis à 4,8 milliards en 2018. À ce jour, le ministère des Finances évalue pour l’exercice 2020 les pertes fiscales du Cameroun liées à l’Accord de Partenariat économique (APE) avec l’Union européenne autour de 14 milliards de FCFA contre 9 milliards en 2019.

Cette année le Cameroun s’apprête à entrer dans une troisième phase de démantèlement de certains produits douaniers. Ainsi, l’on va assister à une décote de 10% par an des droits de douane sur les produits de rendement fiscal élevé tels que les carburants, le ciment, les véhicules etc…, et ceci jusqu’à un démantèlement progressif jusqu’en 2029.

Jusqu’à quand allons-nous continuer d’observer passivement la mort progressive de notre économie sans riposter efficacement ?

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