Les relations entre les états sont gérées par des contrats dits bilatéraux. Ils fixent leurs règles, modalités et procédures. Les contrats qui lient la France à ses anciennes colonies ont connu une multitude de noms à travers le temps. Souvent en fonction de l’état général des rapports politiques entre pays du monde. Parmi les différents accords liants la France au Cameroun, nous avons : APD (Aide Publique au développement), DSRP (Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté), ZSP (Zone de Solidarité Prioritaire), IADM (Initiative d’Allègement de la dette Multilatérale). 

Le Contrat de désendettement et de développement (C2D) est le dernier de cette liste.  Son importance dans la stratégie de la France est capitale : se donner l’image d’un pays bienfaiteur lancé dans une guerre sainte contre la pauvreté en Afrique. Tout un programme de charité qui cache des réalités plus sombres que nous allons vous révéler en prenant le cas du Cameroun comme exemple.

Le C2D : rappel de la genèse d’une tromperie organisée

Pour bien comprendre ce qu’est le C2D, il faut revenir à l’année 1996 où la dette des pays les plus pauvres du monde est jugée « ingérable et insoutenable » par la Banque Mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Ces deux organismes lancent alors un nouveau programme appelé Initiative Pays Pauvres Très endettés (PPTE). L’idée est d’accompagner les pays les plus pauvres du monde à alléger leur dette sur les marchés financiers internationaux. Et pouvoir ainsi bénéficier de nombreux avantages et facilités.

c2d-cameroun-france

Les conditions pour avoir droit à cette récompense sont simples à première vue, mais obligatoires : être un pays dont le niveau de dette est tellement lourd qu’il bloque son développement, avoir un contrat avec le FMI pour l’aide à la mise en place de réformes économiques saines, disposer depuis au moins trois ans d’un plan national de lutte contre la pauvreté, le fameux document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) qui deviendra célèbre partout sur le continent. Le Cameroun adopte son DSRP en 1999.

 Les 24 et 25 septembre 2005, le président de la Banque Mondiale Paul Wolfowitz rend publique devant 185 états-membres réunis à Washington, l’acceptation de la proposition du G8 portant sur l’annulation de la dette des pays pauvres les plus endettés. Dix-huit pays bénéficient immédiatement de 40 milliards de dollars et 20 autres, dont le Cameroun, se partageront 17 milliards de dollars lorsqu’ils auront atteint le point d’achèvement. C’est-à-dire quand ils auront rempli toutes les conditions demandées plus haut pour l’initiative PPTE. L’argent de l’initiative PPTE appartient à 70% à la Banque Mondiale et les 30% restants au FMI et à la Banque Africaine de Développement (BAD). Enfin, il est décidé que dans tous ces pays, ces sommes doivent obligatoirement servir à la santé, l’éducation et à la réduction de la pauvreté. Le Cameroun accédera à l’initiative PPTE le 1er mai 2006.

Mais bien avant l’initiative PPTE, le C2D fait son apparition au Cameroun en avril 2006. C’est en pratique la deuxième ligne que la France a mis en place pour le remboursement de l’argent qu’elle a prêté aux pays inscrits à l’initiative PPTE. Cela se fera sous forme de subventions ou de dons. A chaque paiement de dette par un pays endetté, la même somme sera immédiatement reversée à ce pays pour mettre en place des programmes de développement dans les domaines d’intervention du C2D.

Un mécanisme unilatéral au fond perversement ficelé…

« Dans chaque pays ayant une dette avec la France, le C2D est dirigé par un comité mixte comprenant le ministre des finances de la France, l’ambassadeur de France et des représentants de la société civile du pays endetté.

NB: Les procédures d’appels d’offre se font selon les règles européennes de passation des marchés et non celles du Cameroun. L’Agence Française de Développement (AFD) est l’unique organisme chargée de décider à quel programme et combien les sommes vont être données. »

Mais comment peut-on prétendre vouloir “aider” quelqu’un en difficultés, et en même temps obliger cette personne à utiliser cette aide contre ses intérêts ?

C’est un peu comme si je viens te voir parce que je suis malade et j’ai pas d’argent, et toi tu te proposes de m’aider en m’emmenant boire une bière “dans ton bar.” Est ce qu’on peut dire vraiment que tu m’as aidé ?

Eh bien, c’est exactement comme cela que fonctionne le C2D ( contrat de désendettement et de développement.)

La suite, dans le deuxième épisode…

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