Le 15 janvier 2019, après un long procès à la Cour Pénale Internationale (CPI), l’ancien président Ivoirien Laurent Gbagbo se voyait acquitté des charges qui pesaient contre lui. Sa libération dans la foulée était accompagnée des conditions restrictives car il était  contraint de ne pas quitter Bruxelles sans l’autorisation accordée par la CPI. En date du 28 mai 2020, la levée de ces conditions restrictives était synonyme pour l’ancien chef d’Etat d’une capacité de mouvance même en dehors de la Belgique, à condition que l’Etat dans lequel celui-ci souhaitait se rendre ait au préalable accepté de l’accueillir. 

Rappel des faits

Le 3 octobre 2011, la Chambre préliminaire III a autorisé l’ouverture d’une enquête en Côte d’Ivoire en rapport avec les crimes relevant de la compétence de la Cour perpétrés depuis le 28 novembre 2010. En effet, selon le procureur de la CPI, il y avait une base raisonnable de croire que des crimes graves avaient été commis en Côte d’ivoire pendant la période postélectorale de 2010. 

Laurent Gbagbo à la CPI

C’est dans ce sens qu’un mandat d’arrêt international avait été émis contre Laurent Gbagbo le 23 novembre 2011, à la suite de quoi les autorités ivoiriennes avaient procédé à son arrestation et à sa remise à la CPI le 30 novembre 2011. Il était suspecté de crimes contre l’humanité qui auraient été commis en Côte d’Ivoire entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011 à la suite des élections présidentielles contestées du 28 novembre 2010. Les actes prétendument commis incluaient le meurtre, le viol ou autres formes de violences sexuelles, la persécution et d’autres actes inhumains.

Un retour, caractéristique d’un enjeu politique majeur à l’approche des présidentielles en Côte d’ivoire

Malgré le refus par la CPI de lui accorder une libération sans conditions, Laurent Gbagbo a ainsi introduit, le 28 juillet 2020 une demande auprès de l’ambassade de Côte d’Ivoire à Bruxelles pour l’obtention d’un passeport et d’un laisser passer. Selon son avocat, Me Habiba Touré, « le président Laurent Gbagbo compte sur la bonne volonté des autorités ivoiriennes afin qu’il lui soit remis son passeport ou un laisser passer pour lui permettre de retourner dans son pays, la Cote d’ivoire ». Ce retour, s’il était acté, constituerait un enjeu majeur dans l’arène politique ivoirienne, en ce sens que les élections présidentielles sont prévues dans trois mois, et que son parti politique, le FPI (Front Populaire Ivoirien) pourrait soutenir sa candidature.

Un retour fortement attendu

L’annonce de l’acquittement de Laurent Gbagbo a été saluée par de nombreux africains. En effet, aujourd’hui, de nombreux africains voient la CPI comme une institution qui vise à pérenniser la suprématie blanche en ne ciblant que les africains qui ne seraient pas dociles face aux ordres du maitre blanc. Ce mécanisme à tête chercheuse de la Cour est fortement décrié dans les milieux africains et on assiste aujourd’hui à un quasi-divorce dans les relations entre les Etats africains et la CPI. Même si au départ on a vu un certain engouement de la part des Etats africains à remettre leurs nationaux à la CPI, aujourd’hui, à l’observation, on constate que les Etats africains y sont déjà profondément réfractaires.

Si Laurent Gbagbo réussissait donc à rentrer en Côte d’ivoire, ce serait une mini victoire pour ce panafricaniste de longue date, mais une grande victoire pour l’Afrique qui n’hésite plus à se mettre en avant pour lutter contre le néo-impérialisme occidental. Inutile de dire que son retour est attendu par de nombreux sympathisants et des millions d’ivoiriens.  

Affaire à suivre donc…

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