La sombre nouvelle est tombée ce mardi 20 avril. Arrachant un soulagement chez les ‘‘amis’’occidentaux, et beaucoup de peine chez les orphelins panafricanistes, le départ de l’enfant chéri de Berdoba au Tchad, marque un nouveau virage dans le combat pour le réveil de l’Afrique.   

Il avait certainement échappé à Frantz Fanon que plusieurs générations pouvaient partager la même mission.

A la suite de Kwame Nkrumah, Amilcar Cabral, Patrice Lumumba, Julius Nyerere, Joseph Ki-Zerbo, Idriss Deby Itno a lui aussi, avec les arguments et le tempérament qui étaient les siens, participé au combat de la libération de l’Afrique.

Ayant travaillé à exhumer et conserver l’histoire des peuples africains, ce digne fils peul des terres ensoleillées du Tchad a compris que la libération du continent se fera sous la forme panafricaine ou ne se fera pas. Ses positions courageuses et parfois audacieuses lui ont confectionné une étoffe de chef d’Etat intransigeant.

Alors que la mort l’arrache du milieu de ses frères africains auprès desquels il a toujours combattu, l’image constante d’un homme au service des principes de liberté et d’humanité, a contribué à le voir partir comme il a vécu, c’est-à-dire en soldat. Ensemble revisitons ces plus grands combats.

L’affaire de l’arche de Zoé : un Chef d’Etat dans la peau d’un père de famille

L’affaire de l’arche de Zoé a marqué l’histoire de l’humanité à plus d’un titre. Elle a dévoilé la perfidie des puissances occidentales et l’intransigeance du président tchadien.

En octobre 2007, six membres de l’organisation dite caritative de l’arche de zoé sont pris en flagrant délit d’enlèvement d’enfants au Tchad. Plusieurs chefs d’accusation pèsent alors sur eux ; « escroquerie, exercice illégal de la profession d’intermédiaire en vue de l’adoption et aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers ».

Dans l’une de ses déclarations à propos de cette scabreuse affaire, le président Idriss Deby accuse lui-aussi les membres de cette ONG d’avoir voulu enlever 103 enfants pour des desseins inavoués : « est-ce pour les vendre ou pour les tuer et enlever leurs organes ?» s’interroge le chef des forces armées tchadiennes.

Face à l’arrogance du président français qui, dans la foulée, promet de libérer ses concitoyens partout où ils se trouvent et quoi qu’ils aient fait, Idriss Déby, dans sa posture de Chef d’un Etat souverain, s’aménage le droit de la mise en détention de ces malandrins à la prison d’Abéché. D’ailleurs, clame-t-il, « la justice se fera ici au Tchad ». Défiance !

Le prétentieux homologue français est alors obligé d’avaler sa vanité et passer à la table de négociation.

Un président en pèlerinage pour la paix en Afrique

Tout le mal qu’on dira du régime de Ndjamena ne doit en aucun cas occulter le sens d’africanité et de panafricanisme manifestement exprimé par son Chef. Au plus fort de la lutte menée par le Cameroun et le Nigéria à la secte obscurantiste de Boko Haram, il est apparu, la mine grave, cinglé dans son uniforme militaire, à la tête des troupes tchadiennes venues en renfort aux frères attaqués.

En effet, en janvier 2015, une colonne de plusieurs dizaines de blindés tchadiens quittent N’Djamena en direction du sud pour rejoindre le Cameroun, afin de livrer une bataille sans merci aux islamistes armés de Boko Haram. Des jours avant, la représentation nationale tchadienne avait donné son aval pour l’envoi des soldats « en appui aux forces camerounaises et nigérianes engagées dans la guerre contre les terroristes au Cameroun et au Nigéria ».

Pour le président Idriss Deby, l’enjeu est grand ; il faut « reconquérir Baga, base principale de la force multinationale (…) qui constitue l’épicentre de nos échanges économiques ».  

Par ailleurs, investi dans la lutte contre les djihadistes, le Tchad fait montre d’une solidarité légendaire envers plusieurs autres Etats africains victimes de la même menace. A travers ses braves soldats, son appui financier et son expertise technique, le Tchad marque régulièrement sa présence au sein des forces multinationales comme le G5 Sahel et la Force Multinationale Mixte (FMM) au Lac Tchad, l’opération Barkhane dont le siège est à Ndjamena.

Idriss Deby en croisade contre le Franc CFA

Le sujet sur le FCFA est des plus sensibles. Il soulève la question de la souveraineté monétaire de certains territoires jadis administrés par la France coloniale. En clair, 14 pays de l’Afrique subsaharienne et francophone ont hérité d’une monnaie coloniale, le FCFA, dont le compte d’opération est logé en France.

Pour plusieurs leaders d’opinion et hommes politiques, il n’est plus admissible, une soixantaine d’années après les indépendances, que les africains continuent de supporter le joug d’une monnaie qu’ils trainent comme un boulet.

Cette dénonciation passe souvent comme une déclaration de guerre contre la France qui ne manque pas à chaque fois que l’occasion se présente, d’en démontrer son contrariété. Plusieurs personnalités et hommes d’Etat en ont payé de leurs postes et parfois de leurs vies.

Parmi les Chefs d’Etats africains de la zone Franc, le Guinéen Alpha Condé et le tchadien Idriss Deby s’étaient indignés de la situation monétaire actuelle de l’Afrique francophone. Pour le second, « les africains ne veulent plus de la Francafrique. Les français n’en veulent pas non plus eux-mêmes ».

Au sujet de la monnaie, il met grossièrement le pied dans le plat :

« le seul intérêt qu’il y a, c’est que la zone compte 14 pays. C’est une chance et il ne faudrait pas qu’il y ait une disparité de monnaies. Il faut que les 14 pays restent regroupés ; renégocier la monnaie Franc CFA pour que cette monnaie devienne réellement une monnaie de ces pays. Et que le Trésor français ne gère plus notre monnaie. Et que nous en tant que pays souverains, nous gérions notre monnaie nous-mêmes. Comment voulez-vous que l’Afrique francophone se construise dans cette situation ? ».  

Idriss Deby prêt pour le retrait de la CPI

Au sujet du retrait des pays africains de la Cour Pénale Internationale, le président tchadien ne faisait aucun mystère de sa position :

« la CPI s’acharne beaucoup plus sur l’Afrique, sur les Chefs d’Etat africains, y compris des chefs d’Etat en exercice, alors qu’ailleurs dans le monde, beaucoup de choses se passent, beaucoup de violations des droits de l’homme flagrantes, mais personne n’est inquiété ».

En février 2016, alors qu’il est président en exercice de l’UA, il décide, de commun accord avec d’autres pays africains, d’amener la CPI à prendre la mesure de l’importance de la position africaine sur la question.

Toutes ces décisions et bien d’autres, ont contribué à faire du maréchal Idriss Deby Itno, (bien sûr) un homme dans son imperfection, mais surtout un astre lumineux de l’infinie galaxie d’esprits libres et souverains que constitue l’univers africain, fier de son destin et jaloux de sa souveraineté. « Au chef, il faut des hommes et aux hommes, un chef ».    

Bon retour au pays des ancêtres, vaillant soldat !

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