17 janvier 1961, 17 janvier 2021 : voici 60 ans déjà que le tout premier “Premier ministre” de la République démocratique du Congo, Patrice Emery Lumumba, a été froidement assassiné par la CIA. Une CIA qui infestait indirectement des compatriotes du célèbre panafricaniste.

Six mois avant son assassinat, le 30 juin 1960 à Léopoldville, la RDC sort officiellement de la caverne coloniale à la lumière de l’indépendance. Le Congo démocratique est composé d’un président mystérieux, Joseph Kasavubu, et d’un premier ministre imposant, Patrice Lumumba. Au soir de la proclamation d’indépendance, les deux leaders se trémoussent au rythme d’Indépendance Cha Cha. Mais la joie est de courte durée. PAN-ECO MEDIA vous propose une rétrospection sur le parcours aussi périlleux qu’abrupte du premier Premier ministre congolais dont la philosophie de vie n’a cessé d’impacter les leaders panafricains.

Il a combattu le bon combat 

Les Congolais âgés d’aujourd’hui et jeunes par le passé, n’ont certainement pas oublié ce discours lapidaire du nationaliste au soir de la proclamation d’indépendance :

« Nous avons connu le travail harassant, exigé en échange des salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des Nègres. Qui oubliera qu’à un Nègre on disait « tu » non certes comme un ami, mais parce que le « vous » honorable « était réservé aux seuls blancs ? Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaitre la loi du plus fort… Que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir […] ».

Un discours qui a poussé le roi Belge à quitter la salle avant la fin de la cérémonie, et qui se présentait aux yeux des colons comme la goutte d’eau de trop. Patrice Lumumba, fondateur du Mouvement National Congolais (MNC) manifestait de la méfiance face aux Belges et résistait à la moindre offre « prometteuse » des Américains. De ce fait, il était vu par certains de ses compatriotes comme “un caillou dans la chaussure.”

Par ailleurs, une certaine opinion pense que son combat ne partait pas seulement d’un élan nationaliste, mais également d’une idéologie panafricaniste : dans la mesure où ses idées ont touché tous les aspects de la vie du continent africain. il a toujours prôné une Afrique libre d’affirmer sa vision du monde, plutôt que de subir celle des autres continents notamment l’Europe.

Revenons au Congo ! Lumumba a toujours milité pour l’unité et la souveraineté pour un Congo fédérateur de toutes ses régions et ethnies. Creuset de ses richesses et  maitre de son destin. Ce combat impliquait toutes les catégories sociales même les femmes, malgré les stigmatisations de l’époque vis à vis de celles-ci.

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Il le prouvait d’ailleurs dans propre famille à travers l’époux attentionné qu’il fut et le père protecteur qu’il était. Faisant partie de la communauté des évolués, celles-ci rejettent en 1956 le projet d’une société belgo-congolaise dans le manifeste « Conscience Africaine ». Patrice et ses confrères étaient plus préoccupés par la construction identitaire du Congo.

Ils ont tué l’homme, mais pas les idées 

Si aujourd’hui, les jeunes congolais de 20 ans et plus qui manifestent pour des élections libres et transparentes et prennent pour référence Patrice Emery Lumumba, c’est parce que ses combats ont transcendé ceux du colonisateur. La famille Lumumba faisait partie des 217 sujets ayant une immatriculation de la colonie sur 14 millions d’habitants que comptait le pays en 1958 ; on peut alors comprendre pourquoi Lumumba était au Congo ce que Nelson Mandela était en République Sud-africaine.

Lorsqu’il est assigné à résidence, Lumumba est en contact avec Le Caire à travers M. Abdel Aziz Ishak dont la lutte anticoloniale leur était commune. Ce n’est qu’après plusieurs semaines, en février 1961 plus exactement, que la presse internationale annonce la mort de Lumumba. L’indifférence des Nations unies face à la protection légale du premier ministre n’est pas passée inaperçue.  Les femmes sortent pieds et seins nus avec sa femme aux premières loges pour réclamer à l’ONU le corps de son mari. Mais jusqu’aujourd’hui, les cris de la foule peuvent encore résonner dans la mémoire du Congo actuel : LUMUMBA-LUMUMBA. )

Sa fille, Juliana, peut encore le témoigner entre joie, nostalgie, tragédie et pleurs. « Dans toutes les cultures du monde, la vôtre, la mienne, on prend un soin particulier à inhumer nos chers parents. Et  c’est un devoir en tant qu’enfant. De même qu’il est de notre devoir de tout faire pour que la vérité soit faite afin de rétablir la mémoire de mon père qui a disparu » dit-elle au regard du décès de sa mère qui s’en est allée sans jamais voir le corps de son époux.

Un ancien soldat de la Force Publique belge a présenté une dent de Patrice Lumumba comme un trophée. Preuve que le corps a été bien découpé puis plongé dans de l’acide. Et lors de l’été 2020, Juliana exprime son émotion et ses sentiments dans sa lettre adressée au roi Philippe, neveu du roi Baudouin : « En tant que ses enfants, on doit inhumer notre père. Je fais appel à l’humanité du roi Philippe. » Vivement que Patrice Lumumba qui est une philosophie perdure dans la mémoire congolaise et africaine.

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