L’Afrique depuis plusieurs années souffre d’une infiltration importante des produits corporels chimiques qui influent sur les comportements culturels et impactent l’économie locale du continent.

Le Cameroun et la Côte d’Ivoire sont les principales portes d’entrée pour le marché des produits cosmétiques en Afrique Centrale et en Afrique de l’ouest. Ils affichent plus de 8 % de croissance en moyenne entre 2014 et 2017 pour la filière cosmétique, évaluée à 580 M EUR en 2018. Un chiffre qui est en baisse depuis 2019. A eux deux, le Cameroun et la Côte d’Ivoire pèsent 50 millions d’habitants et innervent un marché de plus de 432 millions de consommateurs. Un chiffre d’affaire qui fait penser à un bon rendement économique, mais reste pour autant polémique. Explications dans la suite de cet article.

Une concurrence frauduleuse

De meilleure qualité et de prix abordable, les produits cosmétiques locaux font face à ceux venus d’ailleurs. Face à des taxes imposées qui sont parfois égales aux produits importés, les locaux ne trouvent pas leur compte. Pour eux, ” il faudrait que les gouvernements équilibrent les taxes sur la commercialisation des produits cosmétiques en tenant compte des locaux”.

75% du marché local des cosmétiques au Cameroun est contrôlé par des importateurs. Le reste de 25 % est partagé par les producteurs locaux. Ceux-ci doivent faire face à la contrebande des importations, la contrefaçon et d’autres types de fraude.

 Ces importations frauduleuses influencent négativement l’industrie locale. Au Cameroun, entre les crèmes de visage ou laits corporels sous-déclarés en douane, les lotions capillaires et autres produits entrés sur le territoire national en contrebande, le « Made in Cameroon » doit faire face, sur les marchés, à des produits concurrents, vendus moins chers du fait des artifices susmentionnés.

A cela, il faut ajouter un protectionnisme qui ne dit pas son nom, mais montre son visage pratiqué par certains pays du continent, dont le marché intérieur reste, pour ainsi dire, inaccessible au « Made in Cameroon » filière cosmétique.

Il faut dire que les gouvernements ne sont pas en reste dans cette pratique. Car, eux aussi sont directement touchés par les pratiques que décrient les acteurs locaux de l’industrie cosmétique.

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Au Cameroun par exemple, le Trésor public perd annuellement quelque 100 milliards de francs du fait de la contrebande et de la contrefaçon. Il faudrait penser selon les producteurs locaux, ” à un assainissement rapide du secteur cosmétique, spécialement du segment « import », ce qui aura un effet positif sur ce pan de l’activité industrielle nationale”.

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« En Afrique, la plupart des produits cosmétiques locaux sont considérés comme illégaux. L’on fait plus confiance à ces marques venues d’ailleurs. Et nos gouvernements font plus de largesses aux produits importés, qui envahissent le marché africain et font grandement concurrence », précise Wanki Michèle, commerçante cosmétique et économiste, universitaire de Ngaoundéré.

Pour Amadou Alioum, spécialiste en stratégie économique :

“le cosmétique local est réduit à la contrefaçon juste pour nourrir les produits importés et tuer le bio. Aujourd’hui, il s’agit d’une stratégie commerciale que devrait adopter les locaux pour battre leurs concurrents. Nous avons des meilleurs produits et c’est pourquoi les grandes marques envahissent nos marchés pour affaiblir la montée de nos produits “.

Priorité dans les parfumeries, pharmacies, boutiques et étalages des produits de dépigmentation, éclaircissants venues de l’Europe, de l’Asie ou des États-Unis d’Amérique. Ceux-ci rivalisent les produits locaux, qui pourtant sont à 99% bio et enrichissant pour le corporel et le mental. L’on peut citer l’huile de palmiste « meyanga », l’huile de neem, le beurre de karité, de coco, l’aloe-vera et bien d’autres encore. Pourquoi importer des produits qui impactent négativement la santé humaine et l’économie d’un pays ?

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Le risque économique local

Il faut noter que, les importations de produits cosmétiques ont coûté plus de 114 milliards de francs en 4 ans au Cameroun. Une importante enveloppe dépensée par les commerçants camerounais, pour importer les parfums et les produits de beauté. Pour la seule année 2015, les importations de ces produits ont coûté 41,8 milliards de francs CFA, contre respectivement 38,4 et 33,8 milliards de francs CFA, en 2016 et 2017 et en hausse pour 2018 à 2020.

Dire que toutes ces importations viennent en concurrence à une production locale plutôt dynamique, grâce à des opérateurs tels que les laboratoires Madlyn Cazalys, ou encore les Laboratoires Biopharma, entreprise qui revendique 20% du marché local des produits cosmétiques.

Le gouvernement se retrouve à perdre plus qu’il ne gagnerait avec les producteurs locaux. « Des textes ont été mis sur pied en 2019, mais où en est-on aujourd’hui ?» s’interroge Martin Olanguena, commerçant de produits de beauté au marché centrale de Yaoundé.

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