Véritable casse-tête chinois, c’est l’histoire de la fabrication des cartes nationales au Cameroun. Longtemps confiée à la société française Thalès, qui a perdu son contrat en février 2015, cette activité qui représente une énorme manne financière est désormais officiellement octroyée à Gemalto depuis le 31 juillet 2015, il s’agit d’une autre entreprise française.

Ce changement de contrat est dû à la méfiance de Martin Mbarga Nguélé qui lui reprochait des failles comme par exemple le fait que certains citoyens camerounais se retrouvent avec plusieurs cartes à la fois. 

De Thalès à Gemalto, analyse, décryptage et commentaire autour d’un contrat juteux qui se négocie dans le sillage de la France-Afrique.

Autrement dit, le Cameroun gagne-t-il grand-chose en confiant un tel contrat à une entreprise dont il ne contrôle pas l’entièreté des opérations ? Voici les raisons qui démontrent qu’il s’agit d’une grave erreur:

Comprendre ce qui se joue ici, ne nécessite pas un super cerveau rassurez-vous ! lisez très attentivement ce qui va suivre. Commençons par le commencement.

Lorsqu’on dit  “Carte Nationale d’identité” il y a la notion de “Nation“. C’est-à-dire un élément de souveraineté (Cf. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 en son article 3 : « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément»).

Première erreur stratégique commise par l’état du Cameroun :

En confiant un contrat aussi sensible à une entreprise étrangère, l’État du Cameroun joue avec un élément de la souveraineté nationale qui touche directement son peuple. La souveraineté nationale qui, depuis le début de la mondialisation, est une question beaucoup plus économique que politique. Inutile de rappeler ici tous les bénéfices dont auraient profité tous les camerounais, si un tel contrat avait été octroyé à une entreprise nationale.

Pire encore, cet acte est une véritable entorse à la notion de patriotisme économique. Montrant clairement la naïveté de l’État du Cameroun, sur les questions de protectionnisme étatique et même de communautarisme économique.

communautarisme economique
la devise du communautarisme économique selon Pan-Eco Media Group

Deuxième erreur stratégique commise par l’État du Cameroun:

En signant ce genre de contrat avec une entreprise étrangère, l’État du Cameroun devient clairement un client. Autrement dit, il ne décide pas dans les opérations. Se contentant des résultats. Il n’est ainsi indiqué nulle part comment l’État prendra le relais si le contrat venait à être rompu. Les datas centers que contrôle Gemalto actuellement seront hors service car l’État ne dispose pas encore “des développeurs informatiques” (et ce n’est pas qu’ils ne sont pas là.) capables de prendre les choses en main comme cela aurait dû être le cas si on suit la logique de la Chine.

Dans l’empire du milieu, lorsqu’un contrat est octroyé à un groupe étranger, il est soumis à la condition que des chinois fassent partis des opérations afin d’acquérir l’expertise nécessaire à la prise de relais. Pourquoi le Cameroun n’en ferait pas de même lorsqu’on sait qu’il est un État est souverain ? La question reste posée.

Troisième grave erreur stratégique commise par l’État du Cameroun :

Les arguments avancés pour expliquer l’avènement de Gemalto au Cameroun sont pour le moins farfelus. Par exemple, il est dit selon les mots du directeur de cette firme, que leur offre est ce qui se fait de mieux dans le domaine. Mensonge !

Je vous explique : la centralisation de la production à Gemalto fait que, lorsque les machines sont en pannes, le pays entier est à l’arrêt. Ce qui n’est pas normal. Gemalto argue que sa machine fabrique en capacité,600 cartes par heure. Mais seulement après un petit calcul, on se rend compte que cela donne 7200 cartes par jour et 2592000 cartes par an, conclusion : il faut environ 1O ans pour que 25 millions de personnes aient chacune une carte. On est d’accord que ce n’est pas super Sonic comme vitesse. Vous comprenez donc pourquoi les camerounais souffrent pour avoir leurs cartes nationales d’identité qui sortent après 6 mois et voire plus….

Pour toutes ces raisons, il apparaît clairement que l’État du Cameroun est dans l’erreur autant en termes de souveraineté, qu’en terme d’économie.

En réalité, la question du contrat des CNI, est à la Défense ce qu’est au ministère des sports, la nomination d’un nouvel entraîneur : un dossier qui sert d’écran aux sombres montages des opérations financières sur le dos de l’État.

Ainsi, avant de passer le contrat à une partie tierce devant l’exécuter, on s’assure des rétro-commissions qui en découleront. Preuve ultime que l’État est perdant et tourne dans un cercle vicieux.

gemalto et thales
Thalès rachète gémalto

NB : Selon un article paru sur le site actucameroun.com, l’on apprend qu’en date du 17 décembre dernier, Thalès (anciennement exécutant du contrat et expulsé du Cameroun) a racheté Gemalto.

Ce qui signifie que Thalès(la France) n’est pas prête à laisser ce marché (à la fois juteux et stratégique) lui glisser entre les doigts. Allons donc savoir pourquoi ? Comme disait le feu Jean Michel Kankan « De qui se moque-t-on ?» chacun peut se faire une idée.

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