Les dernières élections présidentielles aux États-Unis ont dévoilé la fragilité de la démocratie américaine. Longtemps vanté par les dirigeants de ce pays, ce système est aujourd’hui, tel un hibou surpris par la lumière du jour, réduit au déshonneur. L’opinion internationale assiste, médusée, à l’africanisation du modèle démocratique américain.   

Métaphore

Ne vous est-il pas encore arrivé de partager la compagnie d’une dame ? Bien sûr, une femme aux allures aguichantes, avec un visage ayant bénéficié des bons soins esthétiques : le make-up. Pendant tout le parcours, vous n’osez pas la quitter des yeux afin de profiter de ses charmes, de ce visage sans taches ni rides, sans éraflures ni boutons. Un make-up bien réalisé, disent les experts, valorise à la fois le teint, les yeux, les lèvres et toutes les autres parties constituantes du visage.

Toutefois, sous la forte canicule du ciel africain, il peut arriver que tous les artifices de cette compagne de chemin retombent sous la pression des gouttes de sueur qui emporteront avec elles, fond de teint, rouge à lèvres et autres accessoires. C’est alors que votre belle au bois dormant, se transforme peu à peu en une actrice de films d’horreur.

Cette image correspond, à s’y méprendre, à la déchéance de la démocratie américaine. Elle qui, à travers ses artifices de bonne gouvernance, jeu démocratique apaisé, primaires électorales, débats télévisés, s’est toujours réservé le meilleur rôle sur la scène politique internationale.

Dans plusieurs coins du monde, l’actualité politique américaine a toujours été suivie avec une imaginable attention. L’élection de Barack Obama par exemple, est l’un des événements politiques ayant bénéficié d’une grande audience dans le monde. En Afrique, de manière singulière, ce sujet avait confisqué l’agenda des débats dominicaux avec en prime, des analystes qui s’inventaient un destin de spécialistes de la politique américaine.

Le moins que l’on puisse dire est que l’actualité politique américaine, pour plusieurs, se posait alors comme une référence, un exemple. Puisqu’elle faisait bonne impression. Et pourtant, chaque jour un peu plus, les expériences électorales ont eu raison de ce système et ont dévoilé le pot aux roses.



L’africanisation de la démocratie américaine

Hier donneurs de leçons de démocratie, aujourd’hui mauvais élèves de la même discipline, les États-Unis s’identifient de plus en plus aux pharisiens qui, selon la bible, ne s’appliquaient pas à eux-mêmes leurs propres principes. Les habitudes anti-démocratiques qu’ils fustigeaient chez les peuples ‘‘indigènes’’ sont aujourd’hui une exclusivité américaine.

Entre cris au hold-up, appel au recompte des voix, crise électorale et bourrage des urnes, les états-unis se sont taillés l’image d’une mini-capitale du scandale politique.

Le recompte des voix

Les premières fissures de l’édifice démocratique américain apparaissent au lendemain des élections présidentielles de 2000 qui opposaient le républicain Georges W. Bush au démocrate Al Gore. Cette confrontation électorale avait alors consacré la victoire du premier, au score de 271 grands électeurs contre 266 pour son challenger.

Pourtant, le démocrate avait raflé 50 999 897 voix contre 50 456 002 pour le républicain. Après une interminable attente de plus d’un mois, les résultats de la Floride qui manquaient au décompte tombent enfin. Bush remporte la Floride avec 537 voix. Cette décision ne trouve aucune grâce aux yeux des perdants qui, quelques jours après, adressent une correspondance à la cour suprême de Floride et celle des États-Unis, pour une demande de recompte des voix.

Copyright Jeune Afrique, DR.

Voilà un scénario qui ressemble bien à la crise post-électorale vécue au Gabon en 2016, quand le candidat perdant Jean Ping appelle au même recompte des voix, protestant la victoire de Ali Bongo. En mars de la même année, Martin ziguélé, homme politique centrafricain arrivé 4ème au premier tour de l’élection présidentielle du 30 décembre, exige, lui aussi, un recompte des voix qui établirait sa victoire.  Cet exercice de protestation de résultats dont les pays africains étaient passés maîtres trouve aujourd’hui un terrain plus fertile au pays de l’oncle Sam.

Injures et dénigrement des adversaires politiques

La démocratie américaine, depuis l’ère Trump s’est enrichie d’un nouveau modèle de projet politique basé sur l’injure, le dénigrement et la diffamation de l’adversaire. On est alors loin de la tolérance politique ou de l’exercice de l’activité politique dans le strict respect de l’intégrité morale ou physique de l’autre.

Les emblématiques donneurs de leçons ne se sont pas eux-mêmes appliqués l’unité d’enseignement sur la morale politique.

Pour preuve, au cours des multiples meetings, les candidats Biden et Trump ont rivalisé d’insultes, en se servant chacun d’un impressionnant catalogue d’invectives. Avant le dernier débat présidentiel de Nashville, le camp Trump a renforcé son artillerie dans l’optique de déstabiliser l’adversaire. On pouvait alors entendre des propos tels : ‘‘Joe Biden est un homme politique corrompu, et tout le monde le sait’’. En meeting dans le Michigan, un autre État crucial pour l’élection, le milliardaire traitait son adversaire de « criminel » qui représentait « un risque pour la sécurité nationale ». “La sauvagerie” aurait-elle changé de camp ?

Auto-proclamation et contestation des résultats électoraux

La proclamation prématurée d’une victoire, nous avaient appris les maitres de la démocratie, est une constante des régimes non démocratiques, et notamment présidentiels. Autrement dit, il est impossible qu’on retrouve dans un pays « incontestablement » démocratique comme les États-Unis, un seul citoyen pouvant croire à la faillibilité du système électoral. Cela ne se verrait qu’en Afrique où les cas sont légions : Maurice Kamto, candidat d’opposition à la présidentielle au Cameroun qui, au lendemain du scrutin, réclame la victoire.

De même, en décembre 2016, Adama Barrow, homme d’affaires et candidat de l’opposition au Kenya, remporte l’élection présidentielle du 1er décembre face à Yahya Jammeh. Reconnaissant sa défaite, le président-candidat félicite son challenger avant de se rétracter une semaine plus tard. Le phénomène des résultats contestés est-il la panache des seuls États africains ?

À cette question, le président Trump, en novembre 2020 répond par la négative en dévoilant aux yeux du monde, le véritable visage du jeu démocratique américain. En annonçant des mois avant qu’il contesterait les résultats s’il arrivait à perdre, il finit par associer l’acte à la parole, en engageant son collège d’avocats à une procédure judiciaire. Déçus, ses partisans investissent le Capitole, le saccagent et le dévastent. Finalement, le produit du système politique américain, Donald Trump, boude l’investiture de Biden, en confirmant toute la perfidie que l’on soupçonnait à la démocratie américaine.  

Peut-on finalement dire que l’Afrique, “mauvais élève” d’hier est aujourd’hui l’inspirateur de “son maître” ? Quoiqu’il en soit, le make-up démocratique américain a coulé et son visage pâle fait honte à voir. Comme le dit si bien un proverbe Africain :

‘Assieds-toi au pied d’un arbre et avec le temps tu verras l’univers défiler devant toi”

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