Mercredi 17 février 2021. La Libye commémore le 10ème anniversaire du soulèvement populaire ayant emporté le régime de Mouammar Kadhafi, le guide de la Jamahiriya. Depuis ces événements, le pays connait une guerre civile interminable, une instabilité politique criarde et un chaos socioéconomique sans précédent. 

Remember 2011

Des souvenirs insoutenables ! Des images macabres !

Dans l’après-midi du 20 octobre 2011, l’image d’un corps sans vie défile sur la toile. Visage tuméfié et sanguinolent, l’état amoché de la dépouille trahit les pires sévices qu’aurait subi cet individu visiblement haït par ses bourreaux qui, tels des charognards autour d’une pourriture, se réjouissent de leur prise.

Il s’agit bien de Mouammar Kadhafi, le dirigeant Libyen. Arrivé au pouvoir en 1969, cet originaire de Qasr Abou Hadi est incontestablement l’une des figures politiques ayant impacté l’histoire de la Libye. D’ailleurs, du haut de ses 42 ans d’exercice du pouvoir suprême, il est le chef d’État et/ou du gouvernement le plus ancien du monde arabe. 

La folle insurrection

Le mouvement populaire responsable de la déchéance de Kadhafi nait en février 2011. Il se donne pour objectif de garantir à la population libyenne, plus de libertés et de démocratie, un meilleur respect des droits de l’homme, une répartition équitable des richesses et la réduction de la corruption. En filigrane, ces prétentions subodorent que le régime libyen est de type dictatorial, avec une concentration du pouvoir qu’il faudra désormais populariser.

Conscient des conséquences de pareils mouvements, et les ayant observés chez les voisins tunisien et algérien, le guide arabe s’emploie à réprimer la révolte en dispersant la foule à coup de gaz lacrymogène, de balles létales et, parfois, de balles réelles. Malheureusement, ses efforts sont sans impact.

Les manifestants venus de l’Est s’organisent en insurrection armée conduite par le Conseil National de la Transition (CNT). Bientôt, ces insurgés progressent vers Tripoli et, en confrontation avec les forces fidèles à Kadhafi, déclenchent une guerre civile. La Libye s’embrase. Les morts se comptent par centaine. C’est le chaos.

En mars de la même année, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la célèbre résolution 1973 qui permet l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne en Libye. L’escalade de la violence réduit le potentiel du régime de Mouammar, qui connait défections et défaites, avant la prise finale de Tripoli. Le CNT s’installe et s’impose : c’est la chute du régime du guide qui, lui-même, prend la fuite.

Le 20 octobre 2011, Abdel Madjid, le coordonnateur des opérations militaires au sein du gouvernement libyen de transition annonce la capture de Mouammar Kadhafi. Par la même occasion, il évoque son état de santé et ses blessures graves. Vers 13h55, le chef de l’État est annoncé mort : il vient de succomber à ses blessures. Des minutes après, l’Agence France-Presse s’empresse de diffuser les images de l’infortuné. Comme dans une course au scoop, la chaine Al-Arabiya fait mieux, en précisant que Moatassem Kadhafi, l’un des fils du guide, est « mort en tentant de résister aux forces du CNT ». Le départ tragique de Kadhafi et de son fils est célébré comme une cérémonie nuptiale.  

Des versions qui se disent et se contredisent

Les multiples versions sur la mort du guide libyen renforcent la thèse d’une conspiration, une mise à mort préméditée ou une élimination programmée. Pour plusieurs investigateurs, un drone américain aurait repéré un convoi de 75 voitures « tentant de quitter Syrtre. Ensuite, une patrouille d’avions français serait intervenue. Vers 08h30, le convoi aurait été intercepté par des tirs de missiles du drone, et par un bombardement d’un mirage 2000D de l’escadron de chasse 3/3 Ardennes, détruisant une vingtaine de véhicules. Puis, aurait été assailli par des combattants du CNT ».  Refugié dans un tunnel de drainage des eaux, Kadhafi aurait été capturé, désarmé et abattu par les membres de la CNT.

Une autre version, celle-ci plus répandue que la première, laisse croire que le guide recherché aurait refusé de se rendre, après moult sommations. Bien plus, il aurait ouvert le feu sur les membres du CNT qui, par mesure d’autodéfense, ont riposté en atteignant leur adversaire. Une ambulance médicalisée est rapidement mobilisée pour Mouammar Kadhafi qui rend malheureusement l’âme des minutes après.

La Libye, de la « dictature » au chaos

La Libye, de l’avis des puissances occidentales, est désormais libre et « débarrassé » du dictateur Khadafi. Pourtant, des années après son exécution sommaire, le pays peine à retrouver sa stabilité sociale et sa prospérité économique. Faut-il le rappeler, sous le régime « décrié », les libyens bénéficiaient des prestations sociales telles que la fourniture en eau, en électricité et en logements sociaux. 

Des fonds d’appui à l’assistance sociale étaient régulièrement mobilisés. Le départ brutal de Kadhafi, s’il avait été judicieux, aurait pu, tout au moins, préserver ces acquis. Curieusement, après la prétendue dictature, la situation est bien pire qu’avant. Dépiécé et reparti entre différentes milices rebelles, la Libye est aujourd’hui un véritablement no man’s land où seule la force de la baïonnette prévaut.

Dans cette confusion apocalyptique émergent deux autorités belligérantes : le Gouvernement d’Union Nationale (GNA) dirigé par Fayez Al-Sarraj et soutenu par la communauté internationale et un cabinet parallèle appuyé par l’Armée Nationale Libyenne (ANL) à la tête de laquelle trône Khalifa Haftar. S’ouvre alors une ère de violence indescriptible.

Les attentats contre les chancelleries se multiplient, le nombre de morts augmente et les vagues de déplacés donnent du tournis aux organisations humanitaires. Le 15 janvier 2018, près de 20 personnes sont tuées au cours des affrontements entre forces de sécurité et un groupe armé qui lance une attaque contre l’aéroport international, près de Tripoli. Quelques jours après, le 23, un double attentat à la voiture piégée fait près de 40 morts à Benghazi.

Au demeurant, pays aux riches ressources pétrolières et à la stabilité politique indéniable, la Libye est aujourd’hui un repaire d’immoralité et de barbarie.   Nous sommes alors loin, très loin de cette démocratie vendue au peuple libyen, à la liberté qui a servi de prétexte au débarquement de Mouammar Kadhafi et au rêve d’un paradis sur terre tant caressé. La lutte pour la démocratie affichée par les forces occidentales n’a été qu’un écran de fumée.

Dommage ! le vin est tiré, il faut le boire. Un proverbe africain prévenait pourtant : ‘‘le mensonge donne des fleurs mais pas de fruits’’.

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