Plus de 60 ans après les indépendances, certains États africains continuent d’entretenir une étrange affection pour le séparatisme.  À travers des initiatives sécessionnistes à caractère terroriste, des milices dites indépendantistes se forment, s’organisent et finissent par s’imposer.

Sur le terrain, la taille de leurs troupes, l’armement dont elles disposent et l’impressionnant financement qui accompagne leurs opérations, dévoilent la face cachée d’une entreprise du chaos suffisamment huilée et soutenue par des mains obscures. Qui en sont les véritables commanditaires ?

Les démons de la division

L’Afrique est prisonnière d’une malheureuse tradition séparatiste héritée de la conférence de Berlin (1884/1885), lorsque les États impérialistes occidentaux décident de son dépècement. D’ailleurs, diviser était le mot d’ordre, pour mieux régner.

Les premiers jours des États post indépendants ont été ponctués par de fortes tensions sécessionnistes qui, très tôt, portaient déjà des coups agressifs sur les jeunes institutions républicaines. Mauvais présage !

Le cas du Togoland au Ghana

La situation du Togoland au Ghana occidental résulte d’un passé colonial mal géré. En effet, comme le Cameroun, ancien protectorat allemand depuis les fameux traités germano-duala, le Togo lui aussi revendique un passé colonial allemand.

C’est en 1884 que le chancelier allemand Bismarck, par l’entremise de l’explorateur Gustav Nachtigal fait du Togo, un protectorat allemand. Les accords sont signés le 5 juillet, sur la plage de Baguida avec le chef Mlapa III de Togoville qui donna son nom à l’ensemble du pays.

Après la première guerre mondiale (1914/1918), l’Allemagne est vaincue et ses territoires sont rétrocédés aux vainqueurs. Dans la foulée, le Togo est placé sous mandat de la Société Des Nations qui le confie à son tour à la Grande Bretagne à l’Ouest et à la France à l’Est. Plus tard, la région occidentale du Togo, celle confiée à la Grande Bretagne, se rattache au Ghana et se désolidarise du reste du pays. Seulement, ces nouveaux citoyens ghanéens commencent à se sentir à l’étroit.

Ils disent ne pas être représentés dans le gouvernement ghanéen. Le prétexte justifiant l’émergence d’un mouvement insurrectionnel est tout trouvé !

Les séparatistes fondent le Homeland Study Group Foundation (HGSF) et réclament la création d’un nouvel État : le Togoland occidental. C’est au nom de ces revendications aussi légères que contestées par plusieurs historiens que les membres de ce lugubre mouvement se livrent aux exactions les plus atroces. Pourtant, rappelle bien le professeur Wilson Yayoh, « aucune source scientifique ne fait état d’un accord sur la révision du plébiscite de 1956 ».

L’Ambazonie au Cameroun  

La crise du ‘‘NOSO’’, aussi vieille qu’elle épouse l’évolution socio-politique de l’histoire du Cameroun, reste d’actualité. Elle se résume aux revendications indépendantistes d’une minorité d’individus de la communauté anglophone implantée dans le Nord et Sud-Ouest du Cameroun.

Depuis 2016, ces mouvements irrédentistes se sont mués en entreprises terroristes, en imposant des ‘‘ghost town’’ à l’État central et en diffusant sur la toile, les actes d’une barbarie indicible. En octobre 2019, le régime de Yaoundé convoque un ‘‘grand dialogue national’’ pour remédier à la crise, mais rien n’y fait.

Des élèves sont massacrés, des édifices publics incendiés, les chefs traditionnels assassinés et les forces de maintien de l’ordre décapitées. Aucune méthode de barbarie n’échappe à ces ‘‘seigneurs de la guerre’’ qui disent représenter l’immense majorité d’un peuple ‘‘anglophone’’ martyrisé et marginalisé.

Comme dans le cas du Togo, après la première guerre mondiale, le Cameroun, auparavant protectorat allemand, est placé sous mandat de la SDN et confié aux puissances britannique et française. En 1961, un référendum est organisé dans l’optique de sceller la réunification des deux territoires, celui francophone et celui anglophone.

Coup de tonnerre : la partie Nord du territoire anglophone rallie le Nigéria pendant que la partie Sud reste dans la République du Cameroun. Cette union apparemment conciliante entre les peuples francophone et anglophone ne sera que de courte durée. Des dénonciations à la marginalisation et même à l’assimilation des communautés du Nord et Sud-Ouest vont meubler l’actualité de la république fédérale du Cameroun. La sédimentation de ces ‘‘frustrations’’ va déboucher sur la lutte armée que nous observons aujourd’hui.

Le Cabinda en Angola

Le Cabinda est une province de l’Angola. Il est séparé de la partie principale du pays par l’estuaire du Congo qui appartient à la République Démocratique du Congo. Cette prédisposition à la séparation, ‘‘gracieusement’’ offerte aux communautés de cette province par la géographie, est renforcée par l’histoire et les ressources naturelles.

Les séparatistes se servent de ces alibis pour justifier leur volonté sécessionniste. En effet, la littérature historique disponible indique que, ancien protectorat portugais, le Cabinda fut annexé à l’Angola pour former un État unique. Plus tard, en raison de ses riches atouts économiques, les entrepreneurs du chaos ont choisi de militer pour l’autonomisation de ce territoire.

De manière concrète, la province génère 60% de la production pétrolière. Ces recettes, dénoncent les séparatistes, ne profitent pas assez au Cabinda.

Le gouvernement angolais, depuis la radicalisation des revendications indépendantistes, a perdu le sommeil. Alternant entre violence, menaces et terreur, les sécessionnistes du Cabinda ne manquent aucune occasion pour donner de la voix.     

Ces exemples peuvent être étendus au Sénégal avec la situation de la Casamance, au Nigéria avec le Biafra, à la Tanzanie avec l’archipel de Zanzibar etc. Au-delà des raisons évoquées par chacun des membres, aussi légitimes ou fantaisistes soient elles, une interrogation centrale ne résiste pas à notre curiosité. Pourquoi doit-on arriver au massacre et à la cruauté ? Ces milices n’ont-elles pas d’appuis à l’étranger ?

Les artilleurs de l’ombre

Chars et fusils d’assaut, kalachnikov, drones militaires, repérages GPS, armes de poing, mitrailleuses, Dassult Rafale, Eurofighter Typhoon…voilà autant d’équipements militaires que l’on retrouve chez les bandes armées. Qui en sont les fournisseurs ? Les transporteurs ? les financiers ? Énigme !

L’implication des superpuissances dans le délitement national des États africains est légendaire. Selon le professeur d’histoire Toyin Falola,

« le colonialisme est à l’origine de tous les mouvements séparatistes en Afrique ».

En effet, explique-t-il, en décidant arbitrairement des tracés de frontières dans ce continent, « elles ont mélangé des centaines de peuples et de nations qui avaient existé, en une cinquantaine de pays » sans tenir compte de leurs différents profils ethniques, religieux et culturels. En plus, pendant la guerre froide, les mêmes États impérialistes se sont servis des pays africains pour alimenter leurs rivalités idéologiques et économiques. L’Angola, le Mozambique et le Congo Kinshasa gardent jusqu’à présent, les stigmates de ce combat auquel ils étaient étrangers. 

Après les indépendances, l’implication des superpuissances n’a pas cessé. « Aujourd’hui, rappelle Global Witness (2004), on constate un nouvel interventionnisme autour d’enjeux stratégiques ou économiques qui s’inscrivent dans la logique non pas de bloc, mais d’intérêts nationaux. L’Afrique reste ainsi le lieu de rivalité entre les grandes puissances, notamment la France et les États-Unis, qui agissent soit directement, soit par firmes et pays tiers interposés ». Au demeurant, les puissances coloniales sont-elles “parties” de l’Afrique pour mieux revenir ?

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