Depuis mars 2020, le Cameroun est affecté par la pandémie de la Covid-19, et comme tout le reste de la planète, la population toute entière a dû entrer en confinement afin de limiter la propagation du virus. Ce qui a entrainé des conséquences désastreuses tant au niveau sanitaire, social et surtout économique.

Les entreprises camerounaises qui sont pour la plupart des Pmes ont elles aussi subi les affres de cette pandémie, qui a drastiquement ralenti l’économie. Ne pouvant plus faire de chiffre, elles ont été contraintes de licencier plusieurs employés et celles n’ayant pas pu tenir ont dû déposer le bilan.

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Face à cette série de faillites et de licenciements au sein des entreprises camerounaises, la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) a dû prendre des mesures afin de stopper l’hémorragie et stabiliser l’économie. Dix mois après cette période trouble, il est question d’évaluer la pertinence, l’efficacité et surtout l’impact des mesures prises par cette institution. C’est à cet exercice que s’est livré le NKafu Policy institute, dans sa dernière étude, dont le rapport a été présenté à la presse nationale ce 13 Janvier 2021 au siège de la fondation Denis et Lenora Foretia. Dans cet article, nous partageons avec vous la quintessence.

Les mesures prises par la BEAC pour soutenir les entreprises camerounaises face au covid-19.

Des principales mesures prises par l’institut d’émission, l’on relève :

La baisse du taux d’intérêt des appels d’offres de 3,5% à 3,25%. Cette décision avait pour but, selon les experts du Nkafu Policy Institute, de faciliter aux banques commerciales leur approvisionnement auprès de la BEAC. Ainsi, en se refinançant, à un taux moindre, les banques devraient pouvoir appliquer la même baisse à ses clients, particuliers et entreprises.

La fixation du taux de facilité de prêt marginal de 6% à 5% qui est le taux d’intérêt que les banques commerciales paient lorsqu’elles empruntent de la liquidité auprès de la banque centrale. Il est similaire au taux de refinancement, dans le sens où il s’applique quand une banque a besoin de liquidités. Mais ces prêts sont quotidiens et doivent être remboursés pour le jour suivant, contrairement au taux de refinancement, qui est hebdomadaire.

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La Fixation des coefficients de réserves obligatoires à 7,00% sur les exigibilités à vue et à 4,50% sur les exigibilités à terme. Rappelons que les réserves obligatoires sont des réserves financières que les banques commerciales et autres établissements financiers collectent auprès de leur clientèle et qu’elles doivent déposer auprès de la banque centrale. Les coefficients de ces réserves sont fixés et modifiés par le Comité de Politique Monétaire de la Beac dans les mêmes conditions que les taux d’intervention de l’Institut d’Emission, en fonction de l’évolution de la conjoncture économique interne et externe. Ainsi, en faisant baisser ces coefficients, la BEAC permet aux banques commerciales d’avoir plus de liquidités disponibles afin d’octroyer de plus en plus de crédits aux entreprises et aux particuliers.

La suspension des opérations de stérilisation de liquidités, qui avaient démarré en février 2020, au profit du refinancement du système bancaire, afin d’anticiper les effets de la crise sanitaire de la COVID-19; Et enfin, le relèvement du montant de l’enveloppe globale, susceptible d’être mise à la disposition des établissements de crédit des pays de le CEMAC à hauteur de 500 milliards.

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Ces mesures ont-elles eu un impact positif ?

En terme de résultats, les experts du Nkafu Policy Institute au terme de leur étude jugent que globalement, les actions menées par la BEAC, ont certes contribué au renforcement de la résilience macroéconomique au Cameroun en contexte de Covid-19 mais très faiblement. La raison principale est que :

Les banques camerounaises sont surliquides(les caisses sont pleines) et par conséquent elles sont insensibles à toute politique expansionniste de baisse du taux directeur.

Mais comment se fait-il que les banques commerciales se retrouvent en situation de surliquidité, alors que les populations et même les entreprises se plaignent des difficultés liées à l’accès au crédit ?

Cela s’explique par le faible taux de bancarisation de la population camerounaise. En effet, sur plus de 25 millions d’habitants, seulement 12 millions font partie de la population active. Et ce n’est pas tout, selon les les dernières statistiques 12% de ceux-ci sont bancarisés et donc, plus de 80% de la population active camerounaise ne possède pas de compte bancaire. Or, pour avoir accès au crédit il faut avoir un compte.

Les entreprises camerounaises, n’échappent pas à ce phénomène. 90% sont des PMEs qui, pour la plupart exercent dans l’informel. n’ayant pas accès aux banques, c’est par le biais des tontines qu’elles financent et soutiennent leurs activités. Ainsi donc, quelques soient les mesures prises par la BEAC pour approvisionner les banques commerciales, l’impact réel restera faible.

Quelques pistes de solution

Au regard de ces résultats, les experts du Nkafu Policy Institute, formulent 03 recommandations principales :

Tout d’abord, la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) par le biais de la Commission Bancaire en Afrique Centrale (COBAC) devrait multiplier les efforts afin d’inciter les banques commerciales à octroyer plus facilement les crédits aux particuliers et aux Petites et Moyennes Entreprises (PME) camerounaises.

En effet, Le Comité de politique Monétaire (CPM) conformément à ses attributions peut exiger plus de réserves aux banques qui accorderaient moins de crédits aux agents économiques et réduire le taux de rémunération de leurs dépôts à vue et à terme auprès de la banque centrale. Elle peut également conditionner leur intervention au marché interbancaire, leur participation aux adjudications ainsi que l’octroi des facilités permanentes au strict respect de cette mesure.

Par ailleurs la BEAC devrait contraindre les banques secondaires d’arrimer convenablement leurs taux débiteurs et créditeurs suivant l’évolution du TIAO afin de rendre le canal des taux d’intérêts plus fonctionnel. Une telle mesure qui facilite l’accès au financement des PME renforcerait l’efficacité de la politique monétaire notamment en période de crise.

Et enfin, selon le rapport du Nkafu Policy Institute, la BEAC devrait envisager plutôt une politique de ciblage de l’inflation au détriment du ciblage du niveau des prix. En fixant les anticipations sur l’évolution des prix, le ciblage de l’inflation permettrait plus à la BEAC d’inciter les banques à faciliter l’accès au crédit, d’encourager les consommateurs à dépenser, tout en garantissant la stabilité financière et macroéconomique.

Au demeurant, nous pouvons dire que, la stabilité économique d’un pays dépend à la fois de plusieurs facteurs internes et externes. Et aussi longtemps que l’Etat ne prendra pas la pleine mesure de l’urgence de créer d’avantage un climat propice aux affaires et surtout à la promotion de la production et de la consommation locale, les leviers actionnés de l’extérieur par nos différents partenaires internationaux n’auront que très peu d’effets. Et l’étude de cas sur la Beac nous le démontre à suffisance.

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