Le constat crève les yeux ! Les peuples africains manifestent de manière ostensible leur réticence face au nouveau vaccin anti-Covid, venu d’outremer. Les multiples raisons évoquées se résument en une ligne : le prolongement de l’impérialisme occidental.

Sinon, Pourquoi les découvertes médicinales africaines ne sont-elles par reconnues ? pas valorisées ? pas internationalisées ?

Au-delà de cette méfiance justifiée par ces questionnements, plusieurs africains appellent à franchir le pas de la vulgarisation des multiples solutions médicinales d’origine africaine, et proposent le refus définitif de ‘‘l’importation de la santé’’. Sursaut d’orgueil ! 

Comprendre la géopolitique des vaccins dans le monde

Les industries pharmaceutiques se livrent une guerre féroce sur la place mondiale. Cette concurrence s’est déplacée des laboratoires vers les États. Le sprint est lancé pour qui ferait la plus grande découverte et le chiffre de vente le plus important.

Selon le Health Innovation Center, un laboratoire de recherches de l’université américaine de Duke en Caroline du Nord, 09 firmes pharmaceutiques occupent le Peloton de tête dans cette course sans répit pour l’accaparement des plus grandes parts du marché.

Il s’agit des consortiums Astra Zeneca-Université d’Oxford, Pfizer-Biotech et Sanofi-Gsk, Curevac, Johson and Johnson, Moderna et Novavax, Sinovac et Gameleya, encore appelé Spoutnik V.

À l’observation, tout ces mastodontes de l’industrie pharmaceutique mondiale sont de nationalités étrangères à l’Afrique, continent où ils écoulent la majeure partie de leurs produits. Au travers de ces laboratoires s’affirment les positions de puissances des États dits développés comme l’Angleterre, l’Allemagne, les États-Unis d’Amérique, la Chine et la Russie.

Ce tableau révèle aussi l’omniprésence des puissances occidentales dans le jeu et enjeu du contrôle du marché pharmaceutique dans le monde.

Des fortes commandes …aux grosses entrées d’argent

Il serait inélégant de dire que le groupe pharmaceutique AstraZeneca est celui qui fait le plus de bénéfice sur la détresse sanitaire mondiale. Mais il reste incontestable que cette firme suédo-britannique, avec ses 2,5 milliards de doses de vaccins commandées dans le monde, coiffe au poteau tous les autres concurrents, aussi redoutables soient-ils.

Concrètement, rappellent Pauline Verge et Florian Maussion « AstraZeneca a vendu en 2020, près de deux fois plus de vaccins que Novavax, actuel deuxième de la course ». Accusant un écart significatif avec les deux premiers géants, Sanofi et GSK, le duo franco-britannique trace tout de même son sillon avec des commandes évaluées à 732 millions de doses, c’est-à-dire environ 20 millions de doses de plus que son concurrent immédiat, Pfizer/BioNtech.

Le représentant des intérêts chinois dans ce milieu d’affaires, Sinovac, reçoit près de 291,6 millions de commandes, devançant ainsi Curevac avec ses 225 millions de doses.  Spoutnik V, le groupe Russe, représente quant à lui 147 millions de vaccins commandés dans le monde, ce qui lui donne une surface financière tout aussi conséquente. 

Dans ce circuit de commerce, « certains clients pèsent toutefois plus lourds que d’autres dans les commandes. C’est le cas de l’Union Européenne, de l’Inde et des États-Unis qui reviennent régulièrement parmi les États à l’origine des plus grosses commandes passées aux différents laboratoires », indiquent une fois de plus Pauline Verge et Florian Maussion.

L’Afrique, un marché de consommation des vaccins

Toujours présentée comme un continent de détresse alimentaire et sanitaire, l’Afrique passe aux yeux des géants pharmaceutiques comme le meilleur marché. Oui, un marché de prédilection.

Jusques là relativement épargnée par la Covid-19, l’Afrique enregistre aujourd’hui, selon les chiffres de l’organisation Mondiale de la Santé, environ trois millions de cas pour 75 000 décès en fin d’année 2020. Graduellement, le rang de la deuxième région où la progression est la plus rapide lui est attribué.

C’est à cet effet que les membres de l’Union Européenne, notamment la France, vont proposer d’envoyer 13 millions de doses gratuites de vaccin aux soignants africains. Plus tard, 4 pays africains sur les 13 vont accueillir environ 320 000 doses du vaccin Pfizer-Biotech. L’annonce était alors faite par la directrice de l’OMS pour la région africaine, Dr Matshidiso Moeti.

Malheureusement, ce vaccin tant convoité sous d’autres cieux bénéficie d’une inhospitalité de la part des populations africaines. En effet, selon les enquêtes menées par Afobarometer dans 5 pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Libéria, Niger, Sénégal et Togo) :

Seulement 4/10 personnes seraient susceptibles d’essayer de se faire vacciner ; 1/3 au Libéria et 1/5 au Sénégal. La plupart affirment ne pas faire confiance à l’innocuité de ce vaccin. Parmi les causes de son impopularité figure la fameuse théorie du complot c’est-à-dire d’une stratégie mise en place pour stopper la croissance démographique africaine.

Pour John Magufuli, le président tanzanien, “il n’y a aucun plan de vaccination pour nous. Si l’homme blanc était capable de trouver des vaccins, il aurait déjà trouvé un vaccin contre le Sida, le cancer et d’autres maladies incurables”. Pour lui, l’Afrique, continent aux milles richesses, est convoitée par les nations développées qui veulent se servir de ce nouveau vaccin comme un cheval de Troie pour exterminer sa population et faire main basse sur ses richesses. A ce vaccin, il oppose un “Niet” catégorique.

Quelle opportunité pour la promotion des vaccins ‘‘Made in Africa’’ !

Bouder le vaccin anti-covid sous l’allégation d’éviter d’être (plutôt) contaminé par les services pharmaceutiques occidentaux qui travailleraient à cet effet, et, accepter plutôt les nombreux autres vaccins légendaires qui nous viennent des mêmes milieux, c’est manquer de cohérence.

A la vérité, si le projet était celui d’exterminer la population africaine à travers ce vaccin, le grossière réticence ne suffirait pas, dans une Afrique qui ‘‘importe’’ outrancièrement sa santé à travers médicaments, équipements sanitaires, expertise technique et système de vaccination.

La solution serait de promouvoir le système de santé africain sous ses 03 dimensions : prévention, traitement et immunisation.

Il n’est pas ici question de singer le modèle occidental à travers la production des ‘‘médicaments traditionnels améliorés’’, avec des tablettes, gélules, comprimés sirops, pommades et produits injectables, mais présenter une tradipratique africaine complexe «matérielle et spirituelle, physique et métaphysique, profane et sacrée, magique et religieuse, médicamenteuse et rituelle, généraliste et spécialisée, directe, proximale, présentielle, biaisée et télé-active, éminemment préventive et normative » (Pr. Mbonji Edjenguèlè).

Selon le même auteur, la médecine traditionnelle africaine est « globale, holistique, intégrant l’organe dans le corps total, le patient dans la famille, sa famille dans la communauté, et la communauté dans la nature, ses nosologies débordent la définition de la santé et de la maladie proposées par l’Organisation Mondiale de la Santé, pour inclure le physique et l’extraphysique, l’individuel et le groupal ». 

Au demeurant, la Covid-19 est une opportunité offerte à l’Afrique, pour se réapproprier de sa science médicinale. Pourvu que le sphinx renaisse de ses cendres !  

Par Oleme Salla Stève

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