S’arrimer à l’économie numérique exige un certain nombre de sacrifices. Et il est impossible de remplir cette exigence sans la prise en compte de ces conditionnalités. Ce serait courir sans avoir appris à marcher. Mais le gouvernement camerounais est décidé à courir à pleine vitesse, quitte à causer les déchirures de ligaments du Pays.

Preuve de sa précipitation, l’article 7 de la loi des finances 2019. Relisons-en un fragment : « les téléphones portables, les tablettes numériques ou électroniques peuvent être importés en suspension des droits et taxes de douanes, à charge pour leurs acquéreurs de procéder au payement desdits droits via un prélèvement effectué et renversé au plus tard le 15 de chaque mois au service de douane compétent par toutes les compagnies de téléphone […] »

En d’autres termes, c’est le consommateur camerounais désormais qui sera appelé, à subir le paiement des taxes douanières une fois qu’il se sera procuré un téléphone portable, une tablette numérique ou électronique. Une opération qui était autrefois sous la responsabilité du service de douane. Les taxes en question s’élèvent à 33,05%.

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Même si l’objectif visé est la lutte contre les importations non déclarées, à en croire Paul ZAMBO, PDG d’ARINTECH, il faut noter que cette loi des finances présente des non-dits. Des non-dits qui sont potentiellement des dangers. Découvrons-les ensemble !

La Taxation est plus prélevée par les firmes étrangères.

L’article 7 de la loi des finances de 2019 ne le précise peut-être pas, mais l’opération de prélèvement des frais de taxes est assurée par les firmes Orange, MTN, Nexttel et Camtel. Une initiative qui est idéale mais souffre de beaucoup de critiques.

D’abord, la grande partie des opérations de prélèvements est plus assurée par les firmes Orange (France), MTN (Afrique du Sud), Nexttel (Vietnam). La firme camerounaise (Camtel) en prélèvera une partie hautement négligeable.

Si l’initiative est alors transférée au consommateur final, pourquoi confier l’opération aux firmes étrangères qui souffrent déjà de crédibilité durant les opérations téléphoniques habituelles ? En outre, il se pose un danger de fiabilité des opérations de prélèvement ;

En d’autres termes et pour revenir à notre première préoccupation, quels sont les moyens d’accompagnement précis, pratiques, malléables et impliquant de plus près les consommateurs, pour garantir le caractère fiable des prélèvements par les firmes Orange, MTN et Nexttel qui n’arrivent même pas déjà à stabiliser (donc à « dérober ») le crédit de communication dans la Sim d’un consommateur lamda ? AUCUN pour le moment ! C’est un danger suffisamment grave. Il est possible de s’adapter à cette nouvelle donne, mais en confiant tout d’abord l’opération de prélèvement à la firme camerounaise.

Le taux d’importateurs ne cessera de croître

Dire que c’est le consommateur final qui va payer les taxes douanières, revient à sous-entendre que les importateurs n’auront plus rien à payer comme frais de douanes.  Bienvenue à la concurrence ! C’est autrement dit donner de la liberté absolue aux importateurs de multiplier davantage la concurrence dans la production et l’importation des téléphones portables, tablettes numériques ou électroniques.

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En outre, les prix d’importations ne sont pas unanimement définis ; c’est chaque importateur qui fixe le sien. Ce qui en soit est légitime parce que l’importateur est assujetti au prix d’usine: c’est-à-dire le prix brut (appelons-le comme ça) de fabrication de l’appareil mobile. L’importateur a alors le plein pouvoir sur son prix de vente. Mais déjà : saviez-vous qu’il existait un prix d’usine dans la chaîne de production d’un téléphone ? Si oui, savez-vous comment il fonctionne ce prix ?

 Au nombre d’importateurs croissants, s’ajoute le processus de gestion inquiétante des dizaines, voire des centaines de millions de données à gérer via le web, ou mieux, qui seront gérés par la société Arintech. Arintech qui est une vue de l’esprit pour les camerounais faut-il le rappeler ; et ne connaissant pas la nature et la fonction d’Arintech, nous soulevons alors  la question de la sécurité  de ces données : seront-elles « stockées » ou « vendues » ?

Et si le revendeur ne baisse pas le prix de vente ?

Avec ou sans taxes douanières, l’importateur a son prix et le revendeur a le sien. Une certaine opinion pense même que l’application de cette loi de finances n’a pas tenu gravement compte de la situation sociale dans laquelle vit le camerounais d’en bas. C’est le consommateur qui sera appelé à payer les douanes ; et c’est déjà une violation flagrante du Code des douanes CEMAC (article 22 et 134.)

Du coup, une question capitale se pose : Et si le revendeur ne baisse pas le prix de vente ? Sachant que lorsqu’il rachète les téléphones et tablettes, il a besoin de gagner un bénéfice lorsqu’il les revend. Et les taxes douanières ne le concernent pas. C’est une « collecte numérique des droits de douane » pour reprendre l’expression de Madame le ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng. Il est possible pour le revendeur, à son tour, d’élaborer des stratégies pour remplir également son assiette.

La prolifération des dissidences

Nous sommes en plein dans une forme de danger évident ; et cela a déjà commencé sur les réseaux sociaux. Une prolifération des tweets sont déjà rédigés sous forme de contestation de cette loi. Première cible, Madame le Minpostel. Sans compter que la stratégie de contacter le « numéro vert » ne semble pas vraiment être bien accueillie dans l’opinion publique ; pour la simple raison qu’il y a un fort risque de saturation de la ligne (le numéro 1510 en est la preuve suffisante au moment de la pandémie à Covid-19).

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Les contestations sont partagées entre les opérations de télécommunications et les consommateurs, dont le rythme de vie est suffisamment précaire. En outre, il faut noter un point absolument important : L’identité de cette société. La véritable crainte, c’est un passage de la contestation numérique à la contestation physique.

Il n’y a plus alors l’ombre d’un doute : cette mesure est suffisamment dangereuse. Même si certains travaillent à « contourner » cette loi (à en croire les clients fidèles du « laboratoire Avenue Kennedy ») ; Il est encore possible d’éviter le pire si ces quatre dangers sont réévalués car, si l’on peut tromper le peuple pendant une partie du temps ou tromper une partie du peuple tout le temps, l’on ne peut nullement pas tromper tout le peuple pendant tout le temps !

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